Adriano Dafy Razafindrazaka

Recherche en cours

Mon travail part du corps comme site de conflit et de possibilité. Depuis plusieurs années, j’explore, par la danse, la performance et les ateliers de transe, les chemins pour atteindre des états de dépassement de soi. Ces moments où l’épuisement, le jeu et le collectif ouvrent des brèches dans les conditionnements ordinaires du corps. C’est à cet endroit que ma recherche prend racine.

Je m’intéresse aux figures de l’alien et du virus comme métaphores des corps minoritaires: ceux qu’un système normatif perçoit comme étrangers, contaminants, dérangeants et à éradiquer. Ces figures ne sont pas neutres, elles participent à la production de la peur et de l’exclusion. Mais elles portent aussi, potentiellement, une force propre. Ce qui dérange, ce qui est jugé étranger peut devenir agent de transformation. Ma recherche entend travailler à ce retournement.

Pour moi, l’alien et le virus ne sont pas des concepts qui me sont extérieurs, c’est une condition que j’habite. Mon parcours de corps déplacé, perçu comme intrus dans des espaces qui ne lui étaient pas destinés, nourrit directement ce travail.

Comment habiter ces figures, les incarner, les chorégraphier, et les vivre autrement pour en faire des espaces de puissance, de poésie, d’autodétermination? Quels sont les dispositifs performatifs capables de convoquer cette métamorphose, dans un corps singulier?

Je souhaite travailler en convoquant mes propres chimères intérieures par l’intelligence du mouvement, des pratiques somatiques, mes danses techniques revisitées et étirées… Ou simplement par la présence politique du corps solitaire face à lui-même.

L’horizon que j’explore est celui d’un post-genre, d’un post-race, pas simplement comme une utopie abstraite, mais comme quelque chose à instiller concrètement, artistiquement, dans les corps à la manière d’un virus qui se propage. Le mouvement SolarPunk m’intéresse en ce sens, comme une possibilité d’imaginer et d’habiter une vision positive du futur avec le corps comme premier outil.
Les récits d’Octavia Butler, où des technologies extra-terrestres provoquent des mutations sociales radicales, sont une boussole narrative pour ce travail.

L’expérience vécue comme matière première, les lectures théoriques comme cadre pour penser ce que mon corps sait déjà, et un imaginaire cinématographique nourri depuis bien longtemps, en attente du décollage: Alien, Predator, District 9, Premier Contact, Ad Astra, Interstellar, Men in Black, Signs, Arco et autant d’autres récits où l’altérité, le cosmos et la rencontre avec l’inconnu révèlent quelque chose d’essentiel sur ce que nous sommes.

Ce sont des espaces de pensée que j’habite autant que je les regarde.
Dans le silence éternel de ces espaces infinis qu’offre la recherche,
je veux laisser ces imaginaires se déposer, se croiser, et muter.
Afin de voir quelle odyssée peut éclore, dans le corps, depuis le corps.

Adriano Dafy Razafindrazaka, mars 2026

Image: © NanoBanana2-Gemini

Parcours à L'L

Suite à un dépôt de candidature, Adriano Dafy Razafindrazaka entame une recherche à L’L en avril 2026.

1996, Ankadifotsy, Madagascar. Deux ans plus tard, premier voyage vers un pays étrange que l’on nomme «France», et une ville remplie de créatures nouvelles et mélangées : Marseille. C’est là qu’Adriano Dafy Razafindrazaka comprend très tôt qu’il fait partie d’une catégorie sociale considérée comme étrangère. Après s’être un temps aliéné à rentrer dans les clous, il intègre les Beaux-Arts de Luminy: un monde magique, perché dans les hauteurs de Marseille.

Il y découvre la peinture, s’en détourne rapidement au profit de la performance, de l’œuvre par l’action, des prises de risque du corps. Confronté dans cet espace académique aux mêmes questions qu’il avait rencontrées dans le quartier, celles liées à sa couleur de peau, à ses références, à sa culture autre, il en fait une force. Comme un virus qui mute, sa pratique s’ouvre à la vidéo: d’abord pour faire exister ses performances, puis pour révéler des expériences intimes et politiques autres que les siennes, à travers le documentaire.

En fin de cursus, il intègre le collectif Maraboutage. La danse devient son médium de prédilection. Longtemps mis de côté, enfin revendiqué.
Il se spécialise dans la danse électro, danse de son enfance, qui trace des lignes dans l’espace pour illusionner le regard, et montre le courant électrique de la vie à travers le geste.

 

C’est au fil des rencontres et des transmissions qu’il apprend les rouages de la danse, de l’art et de la performance: Frédéric Nauczyciel, Marta Izquierdo Muñoz, Maria F. Scaroni, Simon Asencio, Rachele Borghi, Jimmy Médina Milliard, et tant d’autres qui ont attisé en lui la flamme du corps.

Puis, en mars 2026, il porte le projet Célébration: un espace artistique construit à travers le vocabulaire de la fête, où la célébration de soi et des autres s’affirme comme une réponse solaire et radicale face à ce qui nie, efface, ou isole.

De Ankadifotsy à la scène, le corps voyage. Il continue.