Désirée 0100
Recherche en cours
À travers ma pratique de créatrice et de passeuse d’histoires, je m’intéresse énormément aux récits de fantômes et à ce que ces récits disent sur nos rapports à la mémoire, à l’oubli, à la souffrance, à la colère. Plus spécifiquement dans ma recherche à L’L, je souhaite explorer les notions de hantise, de malédiction et d’invocation – et leurs potentiels politique et poétique dans la réalité scénique.
Au-delà de leurs connotations purement négatives ou manichéennes, je veux notamment creuser toute piste qui permette de les revendiquer comme des outils (potentiels) de justice, peut-être là où tout autre système de réparation a échoué. Pourrait-on concevoir que hanter et maudire soient les armes ultimes de celleux qui ont été dépossédé·es de tout recours?
Par ailleurs, le plateau me semble un espace déjà hanté, traversé par des absences, des mémoires, des gestes et des présences qui persistent. Chaque pièce, chaque représentation rajoute une couche à cette stratification de mémoires, d’énergies et de corps qui apparaissent et disparaissent. Y aurait-il d’autres types de hantise qui pourraient s’opérer au plateau ? Des hantises symboliques, paranormales, métaphysiques ou d’un autre ordre encore?
Pour aborder ces questionnements, il ne s’agira pas tant de raconter des histoires de malédictions ou de fantômes, que de chercher des façons de hanter, maudire, invoquer au plateau. Quelles modalités d’écritures imaginer pour y parvenir? Que serait un langage fantomatique ? Quelles seraient les conditions de représentation et d’écoute non seulement propices à des apparitions spectrales (qu’il s’agisse d’esprits perdus ou de récits enfouis), mais aussi dignes, capables de respecter leur fragilité, leur ambivalence, leur fugacité ? Quelle serait aussi la frontière entre narration (évocation) et invocation?
En somme, comment aborder l’invocation en tant que geste à la fois poétique, dramaturgique et politique? – tout en sachant qu’invoquer, c’est aussi attendre, rester à l’écoute et savoir accepter le vide et le silence, et surtout savoir honorer les absences (reconnaître leur raison d’exister)… Les fantômes décideront eux-mêmes s’ils souhaitent se montrer ou non…
Désirée 0100, juin 2026
Photo: @Arnaud Beelen
Parcours à L'L
Suite à un dépôt de candidature, Désirée 0100 entame une recherche à L’L en juillet 2026.
Désirée 0100 est une artiste performeuse et chorégraphe mexicaine, basée en Belgique depuis 2018. Sa pratique se situe entre la danse, la performance, le storytelling expérimental, le clown, la vidéo et la fabrication de masques, et explore des thèmes comme la migration, la solitude et les histoires de fantômes. Elle développe un langage scénique qui mêle humour et mélodrame, souvent inspiré par les films d’horreur, les telenovelas, la culture internet et la culture populaire mexicaine en général.
Entre 2015 et 2018, elle a travaillé au sein de la Dana Dance Company en France, où elle a participé à des projets de danse en milieu hospitalier, psychiatrique et éducatif.
Elle développe actuellement une trilogie de spectacles, dont les deux premiers volets ont déjà été créés : La Fiesta de Delfina (2022) et La Noche de Aparición (2025), qui combinent images et chorégraphies autour des récits de fantômes, de la violence et de la culture pop. Ces pièces ont été présentées dans des théâtres et festivals en Belgique, et ont été coproduites ou reçu le soutien de structures telles Kunstenwerkplaats / Pianofabriek, Kaaitheater (Bruxelles), VIERNULVIER (Gand), deSingel (Anvers), BUDA (Courtrai).
En parallèle à ses créations artistiques, elle mène des ateliers de danse et de mouvement dans différents contextes culturels et sociaux, avec une attention particulière portée à l’improvisation et à l’accessibilité.